Dans
son célèbre roman, " Chef d’oeuvre inconnu", Balzac
décrit la quête impossible d'un peintre qui tente de
traduire sur sa toile l'essence même de l'homme, d'atteindre la
ressemblance parfaite, celle qui se confond avec son modèle.
Plusieurs générations de portraitistes ont essayé
d'approcher l'être en insistant sur tel ou tel aspect de la
personne humaine son physique, son statut social, sa psychologie, son
tempérament... Xavier Moehr choisit de renouveler le genre en
s'appuyant, pour ce faire sur les avancées scientifiques en
matière de génétique. L'artiste
prélève un échantillon sanguin de son
modèle, le fait analyser par un laboratoire
spécialisé et obtient un graphique représentant
son code génétique dont il isole une séquence et
qu'il reproduit ensuite à l'acrylique en l'agrandissant sur une
toile. Ce procédé de " portraits génétiques
" permet " l'artiste de quitter le domaine de la mimésis,
c'est-à-dire le champ de l'imitation pour explorer une autre
problématique, celle de l'art comme outil de communication.
L'art en effet n'imite plus la nature, il retranscrit son langage, sa
"substantifique moelle ". Proches, en terme d'analogie plastique des
dessins nerveux d'un sismographe, les peintures de Xavier Moehr
évitent les codes artistiques consacrés pour adopter une
écriture plus universelle, qui transcende les styles. Cette "
écriture du vivant " nous paraît uniforme, aussi
incompréhensible et monotone qu'un banal code barre,
l’oeil du profane ne pouvant distinguer les milliers
d'informations qui génèrent la parfaite unicité de
ce code. Le seul indice nous permettant de retrouver la trace de
l'individu est finalement son nom qui figure explicitement au bas de la
toile. Les artistes conceptuels avaient tenté dans les
années soixante-dix de créer un art purement objectif en
intégrant dans leurs œuvres un vocabulaire scientifique.
Les travaux de Xavier Moehr atteignent cette irréfutable
objectivité tout en révélant l'intimité
profonde de l'être, dévêtu de ses artifices.
Fabienne Fulchéri |